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OS ARTIFICIEL

Le symbolisme de l'os s’est construit autour de deux caractéristiques principales : l'os considéré comme la charpente du corps et l'os comme contenant la moelle. L'os est symbole de fermeté, il est le tuteur de la force et de la vertu. Il exprime aussi une permanence au-delà de la chair éphémère. Il occupe le noyau primordial et fondateur de l'être, le noyau d'immortalité. La contemplation du squelette par les chamans est un retour à l'état primordial par dépouillement des éléments périssables du corps. L’os issu des matériaux du vivant a été avec la peau et la laine, à la base d’un autre imaginaire induisant l’invention de techniques différentes d’outils utilitaires et d’objets usuels et décoratif .

L'usage d'os humains en Inde et au Tibet pour la confection d'armes divines ou d'instruments de musique n'est pas étranger à ces considéra­tions : ascèse, dépassement de la notion de vie et de mort, accès à l'immortalité. Pour les Bambaras, les os, constituaient la partie la plus durable, sinon impérissable, du corps humain, l'intérieur, le support du visible, symbolisant l'essentiel, l'Essence de la création. Ainsi Yo, l'Esprit Premier, préexistant à toute création, est le grand constructeur de la moelle des os; le point central de la croix des directions d'où part la spirale du verbe créateur qui est appelé l'os du milieu du monde.

Les Orotches, après avoir tué et dépecé un ours, rapportaient dans la forêt tous ses ossements et les plaçaient de telle manière qu'ils représentent l'animal entier.

Le respect des os, dont le retour à la nature assure la continuité des espèces, se trouve attesté par des coutumes de pêche comme de chasse.

Chez les Lapons, les premiers poissons capturés sont tués sans briser une seule arête. la chair est détachée si adroite­ment que les arêtes ne se cassent pas. Celles-ci sont reportées dans le même lac et .au même lieu où le poisson a été capturé

Pour s'approprier la force, la rapidité, la souplesse ou la ruse de certains animaux, leurs os sont utilisés dans de nombreux rites

Les ossements incinérés du gibier, servent dans les rites qui assurent le succès de la chasse.

On peut mesurer combien la reconstitution ou le remplacement de l’os conserve une charge symbolique implicite. Ces opérations s’inscrivent dans un ensemble d’activités positives qui s’appuient sur les nécessités vitales, une compréhension fonctionnelle et structurelle. Actuellement la durée de vie pour les habitants des pays industrialisés a quasiment doublé au cours de ce siècle et par conséquent le nombre de pathologies osseuses, comme les fractures liées à la fragilisation des os, ne cesse de croître.

Diverses approches existent aujourd'hui pour reconstituer des portions d'os endommagés.

L'une d'entre elles, "la plus impressionnante"fait l'objet du projet Isobone. L'objectifconsiste àreconstruire un tissu osseux à partir d'une matrice biocompatible et biodégradable, sur laquelle sont cultivées des cellules autologues (par exemple des cellules de la moelle du patient). L'intérêt de la démarche est multiple. Elle exclut toute forme de rejet, contrairement aux greffes utilisant des cellules de donneur. Elle évite la succession éprouvante, voire dangereuse, d’opérations lourdes - l'une pour un prélèvement d'os sain, l'autre pour la greffe sur l'os déficient. La faisabilité de la technique a été démontrée, ouvrant une voie plus que prometteuse

La fabrication de l’os ou la réparation de l’os ne peut s’opérer que parce que l’os est un tissu vivant qui se reconstitue lui-même constamment.

Lescellules, parmi lesquelles les ostéocytes, fabri­quent le deuxième élément de l'os, la matière osseuse. Elle est constituée de protéines fibreuses formant notamment le collagène et de protéines non fibreuses

La fabrication de l'os artificiel peut se réaliser à partir d'une sub­stance sur laquelle le cycle spontané de régénération de l'os va pouvoir s'enclencher.

Matériaux inertes

Il faut recourir à des matériaux arti­ficiels inertes, qui ne présentent pas de risque d'infection et ne provoquent pas de réaction immunitaire ou inflamma­toire :

·Le titane possède la particularité de ne réagir en aucune manière avec le tissu osseux, permettant à celui-ci de se développer à son contact jusqu'à en devenir partie intégrante.

·Les biocéramiques, des composés de phosphates de calcium qui, chimiquement proches des cristaux osseux, sont compatibles avec le tissu. Ils sont notamment résorbables, c'est-à-dire dissous par les ostéoclastes dans le processus de remaniement de l'os. La plu­part des phosphates de calcium étudiés sont des hydroxyapa­tites (fabriqué à partir de corail) dont il conserve la struc­ture poreuse.

·Des pâtes injectables sont efficaces pour certaines indications, par exemple dans les fractures de la hanche ou du poignet: le Norian SRS, réalisé à partir d'une solution de sodium et de phosphate additionnée de calcium et d'acide phosphorique, est injecté dans la fracture où il se solidifie en une dizaine d'heures, permettant au patient de quitter l'hôpital après deux ou trois jours. Les cellules osseuses voisines croissent dans l'implant.

·La nacre, déjà utilisée par les Mayas pour fabriquer des implants dentaires, est aussi un matériau utilisé. L'huître la forme de façon très comparable à celle de l'os chez l'humain. Implantée, la nacre suscite à son pourtour une formation d'os tout en se soudant intimement avec lui.

·Les biopolymères, composés organiques produits par les organismes vivants, sont synthétisés en laboratoire. Un exemple d'entre eux est le composé d'acide polyglycolique et d'acide polylactique utilisé couramment comme fil de suture chirurgical.

·Enfin, une voie de recherche s'intéresse aux protéines qui favorisent la formation osseuse. En 1965, un biologiste de l'université de Californie, Marshall Urist, a montré que cer­taines protéines favorisaient la prolifération des cellules et leur différenciation en ostéoblastes (BMP : bone morphogenetic proteins). A la fin des années 1980, on a réussi à les isoler. Depuis, une trentaine de BMP ont été clonées et sont testées sur des animaux pour évaluer leur action répara­trice. Un problème est qu'elles sont rapidement dégradées par diverses enzymes.

·Un moyen de contourner cet obstacle a été trouvé par des chercheurs du Michigan qui utilisent, non pas les protéines, mais une fraction d'ADN (la molécule d'acide désoxyribonucléique qui se trouve dans chacune de nos cellules) codant l'une d'entre elles, la BMP 4.

·La culture de cellules, loin d'être au point pour l'os, est paradoxalement plus proche du succès pour le cartilage, alors même que ce tissu est, dans le corps, incapable de se régéné­rer en cas de lésion. Des chercheurs suédois sont parvenus à cultiver in vitro les cellules saines, puis à les réimplanter. L'équipe de Lars Peterson, à Goteborg, opère une biopsie d'une partie saine du cartilage, puis isole les cellules - appe­lées chondrocytes - en faisant digérer par des enzymes la matrice de fibres de collagène qui les enrobe. On cultive ensuite les chondrocytes avant de les réinjecter sous forme d'une solution liquide dans la lésion, où ils vont se multiplier et reformer un cartilage hyalin fonctionnel

Date determination

year: 1982


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