Carl Gustav Jung considérait "La Toison d’Or" comme le symbole de ce que la raison juge d’Utopique. Balzac, dans la Peau de Chagrin, narre l’histoire de Raphaël de Valentin qui s'apprête à se suicider après avoir perdu au jeu la totalité de sa fortune. Il entre dans une boutique fabuleuse où un antiquaire lui offre un mystérieux talisman. C’est une peau qui réalise tous ses vœux, mais dont le rétrécissement mesure désormais sa vie. Si elle lui procure successivement un énorme héritage et l'amour de Pauline, elle fait de lui un précoce vieillard dévoré par la maladie.
Ray Bradbury dans une de ses belles nouvelles, " L’homme illustré"décrit la peau d’un homme totalement dessinée et couverte de scènes animées. Des foules, des paysages, des villes habitent cet épiderme. Chacune de ces scènes raconte une petite histoire. Seul sur l'omoplate droite, un emplacementreste brouillé. Ce n'est qu'en la présence d'une personne qu'il se transforme. Peu à peu une image se dessine et cette personne voit se dérouler toutes les phases de sa vie, jusqu'à sa mort, comme une biographie dramatique et le narrateur voit l'homme illustré en train de l'étrangler...
La peau de tout temps a stimulé des pratiques divinatoires et a joué un rôle incontestable sur le plan de l’apparence,des interfaces et des simulations. En premier lieu, considérée comme matière biologique et métabolique, elle s’est aussi imposée comme support à des activités métaphoriques et communicatoires et enfin comme lieu où les pouvoirs politiques, les haines raciales et les discriminations culturelles pouvaient se manifester.
Il faut se rappeler que la peau de l'homme a été le premier parchemin dont il ait fait usage pour écrire ses contrats. On marquait les soldats et les esclaves en signe d'obéissance à leurs chefs, de propriété à leur maître ou d’appartenance à un clan.
Le faitest, que la peau émerge dans le développement de l'organisme, du même feuillet embryonnaire, l'ectoderme, qui est celui qui va former aussi les structures du cerveau, ses appareils cognitifs, pour constituer un individu corporel et son psychisme. Cette interactivité de l'intérieur et de l'extérieur du corps, est reconnue par les thérapeutes, dermatologues et psychologues qui cherchent fréquemment dans les relations entre le cerveau et la peau les causes des affections de l'un au de l'autre.
Il ne faut donc pas s’étonner si la peau a été le premier territoire expérimental pour l’artificialisation du vivant. C’est à travers la peau que pour la première fois, une technique clinique de culture bioartificielle de tissu humain a été mise au point. Plus tard, les technologies tenteront à travers des peaux matérielles de substitut, d’en simuler et d’en multiplier les potentialités tactiles et sensorielles.
La peau est une membrane résistante et imperméable qui recouvre l’ensemble de notre corps.
Sa superficie, chez l’adulte, se mesure autour de 1.50 et 2 m². Elle pèse environ 4 Kget représente 7% de la masse corporelle totale. Son épaisseur varie de 1.5 à 4 mm. Le rôle de la peau est avant tout de constituer une barrière qui interdit aux bactéries l’accès à l’organisme tout en interdisant aux fluides de s’en échapper. Elle est composée de deux tissus juxtaposés :
·L’épiderme est la couche la plus superficielle et principale structure protectrice. Il est composé à 95% de kératinocytes qui produisent la kératine, protéine fibreuse conférant aux cellules épidermiques leurs caractéristiques protectrices. Les kératinocytes se renouvellent en permanence dans les couches profondes de l’épiderme et sont poussés vers la surface de la peau. L’épiderme comporte également des mélanocytes qui sécrètent un pigment appelé la mélanine responsable de la pigmentation. On trouve également des cellules contribuant à l’activation de notre système immunitaire (les macrophages).
·Le dermeest sous-jacent à l’épiderme et présente des caractéristiques résistantes et flexibles. Il se compose en grande partie de fibroblastes qui produisent les fibres de la matrice du tissu conjonctif. La matrice extracellulaire est faite de collagène, d’élastine et de réticuline. Le derme est vascularisé et traversé par des terminaisons nerveuses.
Fabrication artificielleMalgré sa complexité, la peau a été reconstruite in vitro depuis près de 25 ans.
Les cultures de peau présente plusieurs intérêts:
Thérapeutique: greffe de peau chez les brûlés, chirurgie plastiquePharmacologique: étude de l’efficacité, la toxicité et l’absorption de produits pharmaceutiques et cosmétiques sur des échantillons de peau artificielle.Physiopathologique: étude physiopathologique de certaines dermatoses.
Les mises en culture des différentes couches de la peau permettent:a) la reconstruction de l’épiderme seul,b) la reconstruction du derme équivalent,c) la reconstruction de la peau.
a) Epiderme artificiel : Les premières études concluantes ont eu lieu dès 1979 (équipe de Howard Green à Boston).
Le principe consiste à cultiver des kératinocytes sur une couche de cellules nourricières (fibroblastes irradiés) permettant une extension de la surface épidermique. A partir d’un prélèvement de 2 cm² d’épiderme sain, la multiplication in vitro des cellules épidermiques permet d’obtenir au bout de 3 semaines, 1 m² de feuillets épidermiques. Quand la surface d’épiderme artificiel désirée est obtenue, on la greffe sur le patient.
b) Derme équivalent: Une autre méthode, celle de Bell (1979)a consisté à cultiver des fibroblastes dans une matrice de collagène dont ils provoquent la contraction. On obtient un véritable tissu manipulable et résistant (derme équivalent) qui présentent des propriétés identiques au derme humain.
La mise en place d’un procédé utilisant une matrice faite de fibres de collagène bovin entremêlées à des protéines sucrées tirées du cartilage du requin a été une étape importante dans cette quête de l’artificialisation. Cette matrice est posée sur le patient à la place de la peau brûlée excisée. Les fibroblastes et les vaisseaux sanguins du patient colonisent la matrice.
Un autre procédé propose une matrice de collagène et de nylon ensemencés de fibroblastes prélevés sur des prépuces de nouveaux nés circoncis.
c) Peau équivalente: On utilise le derme équivalent comme support pour la culture des kératinocytes (Bell). L’épidermisation du derme artificiel peut être réalisée in vitro ou in vivo. Dans le cas in vivo, on attend la revascularisation du derme artificiel et après on peut l’ensemencer avec une culture de kératinocytes ou avec une greffe épidermique.
year: 1950