La plus grande partie des pratiques artistiques liées aux technologies, témoignent d’une obsession utopi-que. Elles sont fascinées par le vivant sous toutes ses formes. Elles lui attribuent différentes formes d’autonomies et de capacités spécifiques. Dans le cadre de la Vie Artificielle, elles simulent des comporte-ments par des programmes informatique et robotique, des automates cellulaires ou des algorithmes géné-tiques. Elles le font évoluer dans les espaces de réalités virtuelles, peuplés d’avatars autonomes et interac-tifs. Elles le transforment, l’hybrident, opèrent tous types de mutations à travers des effets spéciaux saisis-sants.
Si le body artiste cybernétique Stelarcaffirme que le corps est obsolète, il n’en demeure pas moins que ce corps devient le support de piercings, de tatouages biomécaniques, de mutilations, d’extensions robotiques, de symbioses homme/machine,de modifications corporelles, d’implants technologiques cyberpunks.La figure familière du cyborg de la science-fiction Cyberpunk impose progressivement une vision d’humain "amplifié".
Mais, plus encore, ces pratiques artistiques sont traversées profondément, depuis longtemps, par l’idée démiurgique de créer des formes du vivant, comme œuvre décisive absolue, c’est à dire une œuvre artistique qui tenterait d’abandonner la métaphore,pour s’incarner dans la matière même du vivant, en utilisant les avancées scientifiques biotechnologiques comme le clonage, la transgénèse, la culture de peau et de tissus.
Ces opérations artistiques sont entrées dans les domaines du possible parce les spécificités de la matière du vivant et les différents processus métaboliques ont été révélés par les avancées des sciences du vivant à travers le génétique, la biologie moléculaire, la transgénèse, etc.
Car le vivant est.
Le vivant communique.
Il se transforme et s’invente dans et par son propre langage.
Le code génétique devient chair.
Ainsi, les artéfacts de la représentation du vivant font place à sa présence réelle. Par ce retournement, le vivant se constitue en matière expressive à part entière. Il se déleste des contraintes abusives d’une logique physico-chimique abstraite, des modes de représentations de substitution et de lourds héritages métaphysiques.
Une “bio-logique”devient possible.
Cette bio-logique ne se constitue pas seulement à partir des connaissances scientifiques, ni du seul fait du travail des biologistes ou des généticiens, de ses concepts, de ses mesures, de ses méthodes, de ses modèles…
Elle se constitue parce que le vivant tend à s’imposer comme sujet matériel qui traite de lui-même, au-delà des représentations et des catégories scientifiques et artistiques courantes.
Si bien que toute recherche se construit comme une expression et que toute expression se construit comme une recherche à travers des méthodes composites et des réalisations hybrides.
Le discours même du vivant, en tant qu’il se définit comme une activité rendue autonome par son système de régulation interne et par les relations interactives et cognitives qu’il entretient avec milieu, le révèle comme une entité agissante, ayant une intentionnalité expérimentale, distincte de l’artificiel inerte.
Si cette bio-logique devient effective, il est réaliste qu’elle génère des pratiques concrètes et qu’elle procure au vivant, l’art de la manipulation des processus comme outil efficace de transgression, d’exploration et d’auto transformation.
Les pratiques artistiques et biologiques convergent pour créer les nouvelles conditions d’une vivant tel qu’il pourrait être ou tel qu’il sera.
Les redéfinitions du vivant que le vivant engendre à travers les biotechnologies, la génétique, la transgénèse, le clonage, les cultures d’organes, de tissus, les xénogreffes, les machines biologiques, ouvrent cet espaceinconnu et dangereux dont chacune des productions devient un révélateur vertigineux et terrorisant.
Ces productions bousculent la scène des “convenances” de l’art contemporain, qui par habitude, s’adresse à un public confiné et complaisant, alors qu’elles s’inscrivent au cœur des préoccupations de la société toute entière, de son futur, en convoquant de façon impérative les problématiques esthétiques, épistémologiques, technologiques, éthiques, juridiques, économiques et industrielles…
Les modes de “représentations”, d’expressions, de connaissances et de modélisation éclatent littéralement.
Se trouvent interrogées et portées sur la place publique, les premières phrases d’un réel débat démocratique sur la culture technique et les biotechnologies : le statut de la recherche scientifique, la nature et les conséquences de l’impact des technologies et biotechnologies, les modifications apportées au rôle de l’art, le statut et la responsabilité du chercheur et du créateur, les limites du progrès et des avancées scientifiques…
Ils mettent à jour une entreprise latente et patiente. Celle d’un “Art au Vivant” qui s’est élaboré depuis la nuit des temps, à partir de la pratique de l’élevage et de la domestication, basée sur la modification intentionnelle de certaines espèces d’animaux en annonçant déjà les débuts du forçage de l’évolution.
Ainsi s’est constituée au fil des temps une activité parallèle à la construction des artéfacts matériels, considérée comme le lieu significatif de l’art et des techniques. L’appropriation du vivant par le vivant qui a élaboré un vaste creuset d’inventions, d’innovations techniques, symboliques et artistiques associant les dimensions de cognition, d’industrie, d’économie, de pratiques communautaires et utilitaires, a été curieusement occultée.
On peut dire qu’aujourd’hui “l’Art au Vivant” est constitutif du développement des arts biotechnologique pratiqués indifféremment par des “chercheurs, en génétique et en art ”.
Leurs préoccupations est de continuer à donner une parole déterminante à la matière vivante, en brisant des tabous et en élargissant les catégories conventionnelles des activités “expérimentales artistiques” liées au vivant.
La domestication a introduit progressivement les manipulations reproductives des espèces et leurs améliorations par croisement des races, puis par insémination artificielle.
Elle a montré que toute intervention dans les processus métaboliques du vivant peut être considérée comme un acte générateur de formes nouvelles, d’espèces nouvelles et de comportements nouveaux.
Allant du pilotage des processus naturels jusqu’auxmanipulations intentionnelles des mécanismes de la transmission héréditaire, jouant sur des aspects morphologiques, chromatiques et comportementaux, visant la variété dans variation, l’art de la manipulation a agi et agit de façon similaire à tout type de production artistique.
Ainsi l’art biotechnologique en intervenant, directement dans la syntaxe génomique du vivant, voudrait produire, avec l’aide des généticiens, des “construits” c'est-à-dire des organismes vivants transformés génétiquement, répondant à un cahier des charges précis et à des objectifs poétiques ambitieux .
Un pas décisif est en train d’être franchi, les arts biotechnologiquess’introduisent dans le camp culturel et dans les lieux authentificateurs de l’art.
Cette sortie des laboratoires des activités transgéniques en direction du grand public, pose de réelles interrogations éthiques et esthétiques. Elles débordent largement le cadre des censures artistiques et des interdits scientifiques et ouvre une série de questions sur le développement futur de lasociété humaine. Les pouvoirs médiatiques qui s’en emparent, en déforment le sens et la teneur par des propos sensationnalistes etamplifient les inquiétudes latentes.
Les artistes les plus représentatifs de ce courrant de création, sont Eduardo Kac, SymbioticA/TC&A, Joe Davis, George Gessert, Art Orienté objet, Orlan, Marta de Menezes…
day: 1 month: 12 year: 1987
Art, Artificial, Arts / Concept, Biodiversity, Biotechnology, Hybridization, Chimérisation, Organism, Sciences, Simulation, Social Utopia