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UTOPIES BIOTECHNOLOGIQUES

Les manipulations génétiques et biotechnologiques du vivant par le vivant, font partie des préoccupations humaines les plus obsédantes, en regard des conséquences qu’elles font peser sur l’avenir des sociétés et de la redéfinition du vivant

Pour bien comprendre l’émergence de ces phénomènes, il faut mettre en évidence l’antériorité des pratiques humaines, basées sur la modification intentionnelle du vivant.

Ces pratiques se sont élaborées progressivement à partir de l’élevage et de la domestication, du croisement des espèces, du dressage et de l’apprivoisement, de l’insémination artificielle et de la zootechnie, toutes, annonçant les débuts du forçage de l’évolution.

Cet ensemble de pratiques a induit un prolongement naturel à travers les visées les plus avancées des biotechnologies, comme le clonage, la transgénèse, la thérapie génique, l’hybridation somatique constituant une ingénierie génétique effective...

Ces pratiques résultent des activités constitutives de l’hominisation, des représentations rituelles et symboliques du vivant, des savoir-faire les plus anciens, des modes d’organisation des sociétés, des outils et des techniques liées aux traitements des matières du vivant, jusqu’aux biotechnologies actuelles.

Elles montrent comment toute intervention dans les processus métaboliques du vivant a été considérée comme un acte généra-teur de formes inédites, d’espèces nouvelles, de comportements nouveaux et de facteur de biodiversité, en même temps qu’un acte obsessionnel, un projet démiurgique de création de la vie, à la fois fascinant parce qu’il se nourrit des dimensions les plus généreuses (maladie génétiques et dégénératives, handicap) et effrayant parce q u’en touchant au patrimoine génétique, il recouvre les moments les plus sombres de l’histoire récente, l’eugénisme, le racisme et les génocides.

Partant du pilotage des processus naturels jusqu’aux manipulations intentionnelles des mécanismes de la transmission hérédi-taire, jouant sur des aspects morphologiques, chromatiques et comportementaux, visant la variété dans la variation, ces prati-ques montrent comment l’art de la manipulation agit de façon similaire à tout type de production artistique et devrait tout “naturellement” s’inscrire dans un champ symbolique, culturel, social et artistique élargi (art Biotechnologique).

Ces activités fondatrices, encore cantonnées dans le champ de l’agriculturel, sont en train de devenir un fait culturel élargi à toutes les sociétés.

Nous pouvons nous poser légitimement la question de savoir, en ce début de siècle obnubilé par le paradigme génétique, associé aux technologies numériques, à la microélectronique et aux développements des neurosciences et des biotechnolo-gies, sur quels fondements utopiques, l’espèce humaine continue à opérer sur elle même de telles transformations fondamenta-les.

La recherche utopique d’immortalité s’associe à la mise en place d’une adaptation inventive et technologique répondant aux modifications profondes du milieu que l’espèce humaine engendre.

Pourrons-nous vivre éternellement ?

L'homme pourra-t-il régénérer naturellement tout ou partie de son corps? Pourrons-nous faire repousser des tissus ou même des organes entiers ?

L'apparition des techniques scientifiques telles que la génomique, la thérapie génique, la biologie cellulaire ou le clonage théra-peutique, laissent penser que la régénération du corps humain est désormais chose possible.

La fabrique du vivant et l’utilisation des technologies numériques, biomécaniques, robotique et nanotechnologiques produiront-elles des formes vivantes nouvelles, appareillées, augmentées, mixtes capables de défier la mort.

Les questions soulevées sont nombreuses, tant sur les plans éthiques, juridiques, scientifiques et technologiques que politi-ques, culturels, sociaux et économiques.

Date determination

month: 6   year: 1988


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